Biodiverger et verger en permaculture du domaine pédagogique de l’Ecole d’agriculture de Marcelin sur Morges

16 septembre 2014


Intervenants :
  • Pascal Mayor, SAGR/chef du centre de compétence en cultures spéciales
  • Théo Grossenbacher , agriculteur, ferme bio des Sapins à Colombier, exploitant des vergers
  • Jean-Luc Tschabold, concepteur des vergers, FiBL
Participants :
Environ 25 personnes incluant des chercheurs, des producteurs et des étudiants

Contexte :
Le Biodiverger (5'400 m2) et le verger en permaculture (600 m2) ont été mis en place à partir du printemps 2014 sur un ancien pâturage. Ils sont exploités par Théo Grossenbacher de la ferme bio des Sapins à Colombier. Les vergers jouxtent un verger bio conventionnel également exploité par Théo Grossenbacher.
Le verger conventionnel est en bio depuis 1999. Il est composé de pommiers et poiriers avec une alternance de lignes de variétés différentes. Le biodiverger et le verger en permaculture ont un statut de reconversion bio.


Le Biodiverger

Le concept de biodiverger a été développé par un groupe informel français, belge et suisse dont font partie Jean-luc Tschabold (FiBL) et Arnaud Dufils (INRA). Il s’agit d’un système de verger modulaire qui intègre différentes cultures et des surfaces écologiques. Ce concept modulaire permet aussi de travailler avec des superficies plus importantes, les modules pouvant être adaptés à la largeur des machines.
Le but du projet de Marcelin est de développer un verger avec une grande biodiversité dont l’exploitation soit rationnelle. Un des objectifs est notamment de réduire de moitié la charge de travail par rapport avec un verger conventionnel.
Le biodiverger n’est pas irrigué.
Il est composé de différents modules disposés en lignes :
  • Arbres fruitiers basse-tige
  • Arbres fruitiers haute-tige
  • Maraîchage
  • Haie d’arbustes indigènes et bandes florales
Quelques modules du Biodiverger : haute-tige et bande fleurie, haie de buissons indigènes, planche de laitue de Morges pour la production de semences, future ligne d’arbres fruitiers basse-tige (poteaux)

Arbres fruitiers basse-tige

  • Les arbres fruitiers déjà plantés sont greffés sur des porte-greffes M9 pour avoir des arbres qui arrivent rapidement en production. La mise ne place du verger n’est pas terminée et les nouvelles plantations se feront sur du M7, plus vigoureux.
  • Le verger comprend des fruits à pépins (pommiers, poiriers) et à noyau (cerisiers, pêchers, pruneaux). Les variétés ont été choisies pour leur résistance ou faible sensibilité aux maladies fongiques. Les variétés alternantes (productives une année sur deux) ont été évitées. Quelques variétés de pommier choisies : Akane, Choupette, Dalinettes, …
  • Les lignes d’arbres fruitiers basse-tige sont regroupées et les fruits à noyau et à pépins sont dans des lignes séparées pour une exploitation plus rationnelle. Mais, chaque ligne est constituée de plusieurs variétés.
    Rm : pour rationnaliser la récolte, Stefan Sobkowiak (un arboriculteur québécois qui à développé un système de verger similaire, voir Agenda ci-dessous) regroupe des variétés de différentes espèces par date de maturité.
  • Pour l’entretien, les arbres sont conduits de manière à minimiser les tailles en suivant la forme « naturelle » des variétés.
  • Le bois de taille sera broyé et laissé sur place. Cette technique ne pose pas de problème pour les maladies fongiques ; l’important étant de restituer au sol cette matière organique permettant le développement des champigons du sol. Les feuilles mortes peuvent être plus problématiques. Mais, pour éviter les problèmes, il faut réfléchir en amont en installant le verger à un emplacement approprié.
    Cette réflexion sur l’environnement du verger n’est pas nouvelle. Elle était déjà d’actualité dans les années 60 parmi les pionniers de la PI (Protection Intégrée) :
    «Cessons de considérer la plante comme un malade à qui il faut administrer un médicament, disait-il, mais plutôt comme appartenant à un agro-écosystème dont il faut prendre grand soin pour éviter que la plante en question ne tombe malade, justement.» Mario Baggiolini


Maraîchage

Actuellement, les lignes de maraîchage servent à la production de semences (laitue de Morges, haricot à rames, panais).
Culture de panais pour la production de semences à côté d’une ligne de fruits à noyau

Haies et bandes florales

  • Des tronçons de haie et de bande florale ont été installés sur les mêmes lignes.
  • Les bandes florales et les buissons indigènes doivent assurer une floraison la plus étalée possible pour les pollinisateurs. Ces éléments doivent également servir de refuge et de garde-manger aux auxiliaires (insectes prédateurs, oiseaux, hermines, hérissons). Dans ce but des tas de pierres et des nichoirs ont également été aménagés.
  • Pour que la haie remplisse ses fonctions, une grande diversité de buissons indigènes a été choisie : bourdaine, noisetier, cytise, troène, argousier, coronille, fusain, sureau noir, saules, viornes, charme, chèvrefeuilles, cornouiller sanguin pommiers (var. Rubinola) …
     A noter que le cytise est toxique pour les animaux, mais il a été choisi car, comme légumineuse, il fixe l’azote.
  • Les buissons viennent de la pépinière d’Echallens.


Verger en permaculture

Le verger se situe dans une pente en aval d’un chemin en terre. Un système de drainage et une butte, construite sur des billes de bois, le long du chemin captent l’eau de l’amont et la redistribue dans le verger (irrigation pas nécessaire).
Billes de bois sur lesquelles sera placée la butte, printemps 2014
Pose du système de drainage en amont de la butte, printemps 2014
La butte lors de la visite

Le sol a été préparé avec un outil à disques, puis 10 cm de BRF (en tout 40m3). Le BRF favorise le développement des champignons du sol. Pour la préparation du sol, on peut également utiliser des cochons ou des poules ; ces animaux ont le même effet que le labour et le travail du sol (élimination de la végétation en place).
Une grande variété de végétaux de différentes hauteurs ont été semés ou plantés pour une utilisation optimale de l’espace ; dans le cas présent, sept niveaux aériens différents se répercutant sous terre avec le système racinaire :
  • Arbres : pommiers, nashis, pêchers, pruniers, mûriers, cerisier
  • Arbustes : petits fruits (mûres, cassis, raisinets), noisetiers, figuiers, néfliers, pommiers (à partir de semis), cytises et coronilles (pour la fixation de l’azote)
  • Plantes aromatiques
  • Légumes
  • Rubarbe
Cette année, il n’y a pas eu de récolte. Il est prévu de laisser chaque année une partie des légumes pour qu’ils se ressèment naturellement.
Au début, la surface est entretenue par une fauche sélective, mais par la suite, avec le recouvrement par les plantes comestibles cette fauche ne sera plus nécessaire.
La mise en place d’un système permacole demande beaucoup de travail au début pour une productivité faible (90% de travail, 10% de récolte). Mais, en évoluant, il doit devenir toujours plus autonome avec une productivité élevée et une charge de travail réduite (5 à 10 ans après, rapport inversé, c’est-à-dire 10% de travail, 90% de récolte).

Perspectives

Ces systèmes de production pourraient être aménagés autour des fermes . Il se prêtent bien à la vente directe (paniers, auto-cueillette), car il permet d’avoir une offre variée de produits pendant toute la saison.

Visites

Le verger pédagogique est visitable en groupe et sur demande préalable. CCCS SAGR : +41 21 557 91 85 ou FIBL +41 79 352 62 93

Agenda

Conférence-débat: Le verger en permaculture: "Au-dela du verger bio"

Organisée par le FIBL et le SAGR/ avec la présence l’arboriculteur québécois Stefan Sobkowiak.

Mercredi 26 novembre 2014 à 19h00 à l’Aula du Gymnase de Morges site d’ Agrilogie Marcelin.

Coûts: CHF 25.- par personne à titre de participation aux frais d’organisation, une boisson offerte

 Plus d’info +41 79 352 62 93 ou CCCS/SAGR +41 21 557 91 8

Stefan Sobkowiak, arboriculteur canadien, permaculteur, formateur, biologiste et maître en architecture du paysage. Propriétaire-exploitant du plus grand verger permaculturel commercial d’Amérique du Nord, dans lequel il pratique également l’élevage de volailles et d’agneaux.

Pour donner envie de venir à la conférence, voir le reportage (10 minutes) sur le verger de Stefan Sobkowiak :




Rédaction: David Caillet-Bois
Photos: Regula Benz, Pascal Mayor

2 commentaires :

  1. Bonjour, je souhaiterai connaitre la distance minimale laissée entre les fruitiers dans le cadre d'un maraichage entièrement manuel
    Merci
    Charles Narçon -

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    1. 8 mètres histoire de 'sécher' & que le cryptogamique ne s'y colle pas, en général.

      Pour moi, serrer plus diminuera la production & favorisera les maladies.

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